Musliminthecity's Blog

03/04/2010

Le fabuleux destin de Favela Camara (1)

Filed under: Société — musliminthecity @ 14 h 04 mi

Toute ressemblance avec des personnages connus, facilement identifiables, qui vous viendraient soudainement à l’esprit, serait purement fortuite.

Favela naquit chez les moutons, par un beau matin de printemps. Elle passa son enfance dans une prairie défraîchie, ou l’herbe était peu abondante et la vie difficile, au milieu de ses compagnons d’infortune. Tous étaient condamnés à y vivre éternellement et leur horizon, tout tracé, n’offrait aucune perspective qui puisse leur faire prendre en patience leur triste situation.

Adolescente déjà, Favela manifestait des signes perceptibles de malice et une grande ambition. D’aucun la voyaient promue à un bel avenir, quelques vaticinateurs lui prédisaient un destin peu commun. Mais la plupart des siens se faisaient peu d’illusions car le destin des enfants de moutons, disaient-ils, était de vivre reclus et les barrières de l’enclos, toutes basses qu’elles furent, ne pouvaient être enjambées qu’au prix d’incommensurables efforts.

La vie chez les moutons était bien difficile. Bêtes de peu d’éducation, méprisés par les autres espèces, ils étaient de tous les animaux les plus déconsidérés.

Les autres animaux se moquaient volontiers du malheur des moutons. Pire, ils leur imputaient tous les maux qui frappaient la société, montraient de la patte leurs us et coutumes qu’ils disaient rétrogrades et leur reprochaient leur mode de vie d’un autre âge.

Mais ce qu’ils reprochaient avant tout aux moutons, c’était de compter parmi eux un grand nombre de « moutonistes ». Les moutonistes, disaient-ils, sont des moutons rustres et dégrossis, mal éduqués, qui corrompent les valeurs de l’harmonieuse société des animaux et qui veulent imposer leur idéologie, le moutonisme, à l’ensemble des bêtes. Ils avaient aussi – toujours selon ce qui se disait d’eux – une fâcheuse inclinaison au machisme, tare inhérente à leur espèce, qui les poussait à enfermer les brebis chez elles,  à leur imposer un voile recouvrant leur tête laineuse et à les empêcher de disposer librement de leurs frêles corps de brebis.

La société des moutons était aussi suspectée d’avoir la caresse un peu ferme avec les brebis et comme on ne prête qu’aux riches, on imputait à l’espèce bien d’autres vices et pratiques barbares qu’ils serait trop fastidieux d’énumérer.

C’est dans cet univers que grandit Favela, au milieu des moutonistes.

Favela était une brebis de basse condition, aux manières peu raffinées et au langage rustre. Elle n’avait pas eu la chance de faire de longues études, comme la plupart des moutons. Mais Favela rêvait, depuis bien des années, de quitter l’enclos et de passer de l’autre côté de la barrière. Ou irait-elle ? Sortir de l’enclos était chose difficile et les autres espèces n’accepteraient sûrement pas d’accueillir une brebis dans leurs rangs.

Leur vie était si différente et les moutons, conditionnés dès leur plus jeune âge, s’étaient fait à l’idée qu’un mouton resterait toujours un mouton. Ils se le répétaient d’ailleurs – et on le leur rappelait quand ils l’oubliaient – sous forme d’un slogan sentencieux : « Mouton d’un jour, mouton pour toujours. » Mais beaucoup de moutons n’étaient pas peu fiers de ce qu’ils étaient, malgré le mépris qu’ils subissaient et l’ostracisme qu’ils vivaient. On avait d’ailleurs vu fleurir sur les murs de l’enclos, ces dernières années, des slogans très politiques. « Non à la moutonophobie ! » « Mouton et fier de l’être », « M1J, MPJ ! » furent tagés sur quelques murs, apportant un peu de couleur au morne et triste décor de l’enclos.

Mais tous ne partageaient pas cette fierté d’être moutons et quelques membres de l’espèce manifestaient même de plus en plus un rejet total des valeurs communes. Leur regard se portait au delà de l’enclos, cet autre monde de prospérité et de liberté, là ou l’herbe était plus verte. Celle de leur enclos devenait à leur goût, chaque jour un peu plus fade, un peu plus insipide.

Favela était de ceux-là. Son CAP comptabilité en poche, elle se mit à réfléchir au moyen de sortir de l’enclos et de tourner le dos à cette vie de misère.

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